Cancer du sein et fertilité

Le cancer du sein est le premier cancer féminin en France, c’est-à-dire le plus fréquent. Il touche majoritairement les femmes de plus de 50 ans. Alors que le cancer du sein était plus fréquent chez les femmes non fertiles, au cours des 30 dernières années, il a augmenté parmi les femmes âgées de 25 à 39 ans (selon une étude américaine, il progresse de 2% par an). Le Dr Grégory Akerman, Chirurgien gynécologue, Gynécologue-Obstétricien, nous explique les différentes conséquences des traitements.

On estime que 70 % des patientes de moins de 45 ans, prises en charge pour le traitement d’un cancer du sein, souhaiteraient un enfant après la fin de leur traitement.

En raison de l’augmentation des cas de cancer chez des femmes jeunes et s’il est dépisté à un stade précoce, la survie à 5 ans est de 99%*, les femmes diagnostiquées d’un cancer sont nombreuses à désirer des enfants, mais le traitement peut avoir des conséquences élevées de stérilité.

« Le cancer du sein présente la particularité d’être hormonodépendant, ce qui implique des spécificités en termes de stratégie de préservation de la fertilité » précise le Dr Grégory Akerman. 

De ce fait, une stimulation ovarienne (cf article comment cancer et préserver la fertilité) ne pourra s’envisager qu’après ablation de la tumeur, afin de ne pas risquer d’induire une prolifération cellulaire tumorale. De plus, ce cancer peut évoluer dans un contexte de mutation génétique prédisposante (mutations BRCA1/BRCA2) qui aura un impact dans la décision d’utilisation de ce qui a été préservé. 

« Il est important que chaque femme en âge de procréer, et, avec un cancer du sein, sache que sa fertilité peut être préservée, pour éviter la stérilité » indique le Dr Grégory Akerman.

Les traitements peuvent avoir des conséquences différentes

 

LES EFFETS DE LA CHIMIOTHÉRAPIE

Le Dr Grégory Akerman indique que « la chimiothérapie, utilisée dans les traitements de lutte contre le cancer, ont une toxicité directe et produit une infertilité précoce puisqu’elle attaque les ovaires, empêchant ainsi la production d’ovocytes ». La chimiothérapie provoque une diminution des follicules primordiaux, leur disparition ou une fibrose ovarienne. Le capital folliculaire est à son maximum pendant la vie embryonnaire et diminue avec l’âge. L’âge au moment de la chimiothérapie indiquera le niveau d’atteintes des ovaires. On observe une diminution des œstrogènes et une élévation parallèle des hormones FSH (Follicle Stimulating Hormone) et LH (Luteinizing Hormone). De plus, le risque grandit fortement avec l’âge. Il est faible avant 12 ans car à cet âge, la jeune fille dispose d’une importante réserve folliculaire. Il devient important après 30 ans car la chimiothérapie peut baisser les réserves ovariennes. Les cellules folliculaires de l’ovaire en croissance sont très fragiles et la chimiothérapie peut, ainsi, entraîner la mort des ovocytes.

 

La chimiothérapie peut avoir des répercussions sur : 

Le cycle menstruel

Une irrégularité du cycle menstruel peut être observée, souvent allant de pair avec un allongement des intervalles entre les cycles. Les règles peuvent s’arrêter. L’effet de la chimiothérapie va alors, en fait, à accélérer la ménopause. Ainsi, une malade de plus de 40 ans a environ 70 % de risque de subir une castration chimique et l’aménorrhée qui s’ensuit dans environ 80 % des cas, risque d’être définitive. Les femmes âgées de moins 30 ans, ont un risque de perturbation de la menstruation qui n’est que d’environ un tiers, et si une aménorrhée apparait, elle a moins de 20 % de risque d’être définitive.

 

L’induction d’une ménopause

Le pourcentage d’aménorrhée induite est variable en fonction des définitions, des produits utilisés, de leur association et de leur dose. À 6 mois de la fin de la chimiothérapie, 85 % des femmes ont une reprise de cycles avant 35 ans, 60 % entre 35-40 ans, mais seulement 45 % à 5 ans. La probabilité de garder des règles diminue de 24 % pour chaque année d’âge supplémentaire et 11 % par ganglion envahi, dans le cas d’un cancer du sein.

 

LES EFFETS DE LA RADIOTHÉRAPIE

Pour la radiothérapie les paramètres importants sont les suivants :

  • Le champ d’irradiation
  • La dose de rayons administrée et son fractionnement
  • L’âge lors de la radiothérapie

 

GROSSESSE APRÈS UN CANCER DU SEIN : UN RISQUE DE RECHUTE ACCRU ?

Si des précautions s’imposent, les différents écrits ne montrent pas de surrisque de rechute chez les patientes ayant été enceintes après avoir eu un cancer du sein par rapport aux patientes n’ayant pas été enceintes. Pendant de nombreuses années, il n’était pas recommandé d’autoriser une grossesse après un cancer du sein. Au plan des traitements, la diminution des œstrogènes est l’un des traitements majeurs du cancer du sein “hormono-dépendant”. Le fait de supprimer certaines hormones féminines (les œstrogènes), que ce soit par voie chirurgical (ablation des ovaires), par radiothérapie (irradiation des ovaires) ou par voie médicamenteuse (hormonothérapie), permet de réduire le risque de récidive. Ainsi, les médecins ont longtemps été réticents à autoriser une grossesse, par peur de provoquer un trop plein hormonal qui “réveillerait” le cancer du sein. Or, plusieurs grandes études (1, 2) ont montré que la survenue d’une grossesse après le traitement d’un cancer du sein ne semblait pas du tout préjudiciable. Pour résumer, dans les études, si on compare les femmes ayant été enceintes après leur cancer du sein, elles n’ont pas plus de récidives que celles n’ayant pas eu de grossesse. Le statut des récepteurs hormonaux positifs, et l’atteinte ganglionnaire n’ayant pas d’influences majeures. Le Dr Grégory Akerman précise que faire un bébé après un cancer du sein n’est pas contre-indiqué, car cela n’interfère pas avec le risque de rechute de cancer du sein mais il est important d’en discuter avec le médecin pour décider ensemble de la meilleure période pour entamer une grossesse.

 

TOMBER ENCEINTE APRÈS UN CANCER DU SEIN, C’EST POSSIBLE ?

Il est tout à fait possible de mener à terme une grossesse après un cancer du sein, contre certaines prudences. Les médecins conseillent d’attendre 2 à 3 ans entre la fin des traitements et la conception. Cela s’explique par le fait que le taux de rechute est malheureusement plus fort dans les 2 premières années, surtout chez les femmes jeunes. 

 

Le Dr Grégory Akerman, insiste sur le fait « qu’il est important de réaliser un bilan complet avant grossesse, qui se composera au minimum d’un examen clinique complet et d’un bilan d’imagerie mammaire, pour éviter la situation d’une récidive de la maladie au cours de la grossesse. »

 

1 Azim HA, Peccatori FA. Eur J Cancer 2011 ; 47 : 74-83
2 Azim HA, Peccatori FA, J Clin Oncol 2013 ; 31 (1):43-79

Quelques chiffres – Cancer du sein (e-cancer.fr)

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