Comment préserver sa fertilité avec un cancer

Dans certains cas, des solutions qui visent à préserver la fertilité peuvent être proposées avant l’initiation des traitements du cancer. Ces techniques permettent aux femmes d’envisager un projet d’enfant après la maladie. Explications avec le Docteur Grégory Akerman, Chirurgien gynécologue, Gynécologue-Obstétricien.

Fruit de récentes évolutions de la médecine et de la biologie de la reproduction, elles reposent principalement sur le recueil et la conservation par congélation d’ovocytes ou d’embryons dans des établissements spécialisés appelés Cecos et la cryoconservation du cortex ovarien. Si vous envisagez d’avoir des enfants, n’hésitez pas à parler de fertilité avec votre médecin indique le Dr Grégory Akerman, avant de commencer un traitement.

La congélation d’ovocytes ou d’embryons : pour les femmes jusqu’à 40 ans.

Le Dr Grégory Akerman explique que « plusieurs techniques de préservation de la fertilité féminine existent ». Les indications seront examinées au cas par cas au sein d’une équipe multidisciplinaire.

> Prélèvement d’ovocytes matures

Dans la mesure où il est possible d’attendre au moins deux semaines, pendant 10 à 15 jours, la patiente reçoit une injection quotidienne d’hormones FSH en vue de stimuler sa production d’ovocytes matures. Sous contrôle échographique et anesthésie locale ou générale, 8 à 15 ovocytes matures seront alors prélevés par voie vaginale. Ce stock d’ovocytes peut directement être congelé ou bien fécondé en laboratoire par les spermatozoïdes du conjoint, dans le cas où le projet d’enfant est déjà envisagé. Les embryons formés sont ensuite congelés à – 196 °C dans de l’azote liquide.

 

> Prélèvement d’ovocytes immatures

Les femmes qui doivent très rapidement commencer leurs traitements ou dont le cancer est hormono-dépendant, il est possible de prélever des ovocytes dits « immatures » pour les faire maturer in vitro (MIV). Les ovocytes matures obtenus sont alors congelés ou fécondés en vue d’une cryopréservation embryonnaire.

Apres le cancer, lorsque le désir d’enfant est exprimé et après accord de l’équipe médicale (généralement 2 à 10 ans après la fin des traitements selon la pathologie), les ovocytes matures peuvent être décongelés pour être ensuite fécondés en laboratoire (FIV) avec les spermatozoïdes du conjoint. Si ce sont les embryons qui ont été congelés, ils peuvent également être décongelés, puis implantés dans l’utérus de la patiente.

Dans le cas précis des ovocytes immatures, seuls 50 % parviennent à maturité suffisante pour être congelés ou fécondés. Ainsi, les chances d’être enceinte grâce à ces ovocytes ou embryons congelés après maturation in vitro (MIV) sont inférieures à celles que l’on obtient avec des ovules ou embryons congelés après stimulation ovarienne. C’est la raison pour laquelle on propose généralement aux femmes de coupler le prélèvement d’ovocytes immatures à un prélèvement de cortex ovarien.

Ovocytes ou embryons peuvent rester congelés durant plusieurs années sans « vieillir », mais leur utilisation sera limitée par l’âge de la femme (43-45 ans selon la réglementation) et « l’Assistance médicale à la procréation (AMP) qui n’est remboursée par la Sécurité sociale que jusqu’à 43 ans », précise le Dr Grégory Akerman.

 

La cryoconservation du cortex ovarien

La technique s’adresse aux petites filles pré-pubères, ainsi qu’aux femmes de moins de 40 ans pour lesquelles la stimulation hormonale est impossible et /ou quand le traitement risque d’être très gonadotoxique. C’est également la seule technique envisageable quand la patiente a déjà démarré une chimiothérapie.

> Comment ?

Cette technique consiste à prélever un ovaire ou un fragment d’ovaire (par coelioscopie ou au cours d’une intervention chirurgicale), puis à isoler la partie de l’ovaire (cortex) contenant la réserve de follicules et à la conserver sous forme de fragments dans l’azote liquide.

Après la rémission, ces fragments d’ovaires pourront être greffés chez la patiente dans le but d’obtenir une grossesse naturelle ou par fécondation in vitro, après stimulation hormonale. Depuis 2004, environ 150 naissances dans le monde, dont 20 en France, ont été obtenues après décongélation et greffe de tissu ovarien.

 

Des traitements protecteurs de la fertilité

Les femmes en passe de recevoir une chimiothérapie mais ne pouvant bénéficier de stimulation se voient parfois proposer des traitements qui mettent leurs ovaires au repos. Appelés agonistes de la GnRH (hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires), ces médicaments ont pour mission d’empêcher la sortie des follicules primordiaux de la réserve ovarienne. Mais ils n’ont pas fait la preuve de leur efficacité dans cette indication car plusieurs études cliniques fournissent des résultats contradictoires. Certaines montrent plus de chances de grossesse après traitement, d’autres n’indiquent aucun bénéfice. Par ailleurs, des effets secondaires comme des sécheresses vaginales ou des bouffées de chaleurs peuvent aussi se manifester.

Toutefois, les agonistes de la GnRH présentent certains avantages : absence de délai nécessaire entre leur administration et le début de la chimiothérapie, pas de nécessité de stimulation ovarienne ou d’intervention chirurgicale supplémentaire, induction d’une aménorrhée et réduction des phénomènes hémorragiques chez des patientes à risques de thrombopénie. D’autres molécules sont actuellement en cours de développement pour tenter de limiter l’impact négatif de la chimiothérapie sur l’ovaire.

Enfin, le Dr Grégory Akerman ajoute que : « Le choix de la technique la plus adaptée dépend de nombreux paramètres qui sont présentés pour chaque méthode : âge de la patiente, situation personnelle, réserve ovarienne, notion d’urgence, nature et posologie des traitements. La nécessité d’une prise en charge multidisciplinaire par les équipes médicales est donc indispensable. »

Préserver la fertilité des femmes | Fondation ARC pour la recherche sur le cancer (fondation-arc.org)

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